Venezuela: Quels sont les enjeux du scrutin prévu dimanche ?

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  • Depuis quatre mois, la population manifeste son opposition au président socialiste Nicolas Maduro, élu de justesse en avril 2013 après la mort de Hugo Chavez.
  • 113 personnes sont mortes depuis les premières manifestations.
  • Ce dimanche, les Vénézuéliens doivent élire les membres d’une Assemblée qui aura pour mission de réécrire la Constitution.

Depuis quatre mois, le Venezuela s’enfonce peu à peu dans une crise économique, politique et institutionnelle. Ce dimanche, les électeurs sont appelés aux urnes pour désigner les 545 membres d’une Assemblée constituante. Initié par le président socialiste Nicolas Maduro, ce scrutin est fortement contesté par l’opposition majoritaire au Parlement, qui a appelé la population à manifester. Les nouveaux élus, qui devront siéger à partir du 2 août, ont pour mission de rédiger une nouvelle Constitution.

20 Minutes a interrogé Gaspard Estrada, le directeur exécutif de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) de Sciences Po.

Quel est le principal enjeu de ce week-end ?

Le véritable enjeu pour Nicolas Maduro est de retrouver une initiative politique grâce à ce scrutin. Il y a un problème institutionnel au Venezuela puisque les prérogatives du Parlement sont actuellement bafouées mais ce vote ce n’est pas la bonne solution. Ce qu’il faudrait avant tout, c’est que le gouvernement respecte les attributions de l’Assemblée.

Quels sont le rôle et la position des différents acteurs de cette crise (l’armée, l’opposition, le gouvernement) ?

C’est clair et compliqué à la fois. Clair, parce que le gouvernement est à l’initiative de cette Constituante, il s’arc-boute sur ce processus, se durcit sur ce processus – en interdisant par exemple les manifestations. Pourtant près de 70 % des Vénézuéliens rejettent ce scrutin et 80 % n’approuvent pas ce gouvernement. L’élection intervient également alors que la situation économique est catastrophique avec une inflation de 1700 % estimée par le FMI (Fonds monétaire international).

L’opposition, elle, rejette ce processus. Elle est très diverse, composée de militants de droite et rejoint par de plus en plus de gens qui n’étaient pas proches de l’opposition à la base. Le problème c’est qu’il n’y a pas eu de véritable fusion ou de regroupement sous une seule et même bannière.

Malgré son silence, l’armée reste très active. On retrouve de nombreux militaires au sein du gouvernement et à l’économie dans le secteur de l’alimentaire et dans l’industrie pétrolière, c’est elle la grande gagnante de l’affaiblissement de Maduro. L’actuel président a dû donner des gages aux militaires, en leur attribuant cette gestion d’une partie de l’économie.

Comment expliquez-vous le « pourrissement » de la situation, cette radicalité politique qui s’est peu à peu installée ?

Le gouvernement a mené une très mauvaise politique économie. Il y a une dépendance très forte à l’égard du pétrole. Or dès qu’il y a une chute du cours comme cela a été le cas, ça crée des déséquilibres économiques. Le pouvoir a totalement échoué à diversifier son activité. En ce qui concerne le volet politique, il y a effectivement un durcissement du régime qui va jusqu’à renier les acquis du chavisme.

Aujourd’hui, on est dans une situation totalement paradoxale avec des opposants au chavisme qui soutiennent la Constitution datée de 1999 qu’ils avaient pourfendue à l’époque ! Enfin, quand Chavez était au pouvoir, il y avait des élections tous les ans. C’est l’inverse avec Maduro. Il fait tout pour repousser d’éventuelles élections libres, pour la seule et bonne raison qu’il sait qu’il pourrait les perdre.

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